![]() |
Photo Chris Reinhardt |
Mon premier Tour de France en immersion dans la caravane remonte à vingt ans environ, avec Bouygues Telecom et le passage devant la cathédrale de Strasbourg, le pique-nique premium sur la chaussée et le tour d'hélicoptère. Pour le Tour 2026, les invitations se sont succédé depuis l'hiver. E.Leclerc a été le premier à se poser dans ma boîte à courriels. Premier venu, premier servi. Depuis, j'ai pu offrir les autres propositions à mes collègues, ainsi Claire avec Senseo et Elena avec Cochonou et sa flotte de deuches. Nous allons faire l'étape haut-rhinoise du Tour, Mulhouse - Le Markstein Fellering. Nous sommes attendus parking de l'université pour 09H45. Mes camarades sont déjà là, Elena en rouge, Claire en jaune. Ma caravane va arriver. Margaux assure l'accueil et me présente Irina, une grande et avenante journaliste de Télé Loisirs.
![]() |
Bastien, chef caravanier |
![]() |
Romain, caravanier alsacien |
Nous avons le privilège de monter à bord du dernier-né des "chars Leclerc", après le melon, la fraise et le poireau. C'est le chou-fleur. Un légume réalisé sur VW Id.Buzz. Confortable, avec vue de balcon, accessible pour les invités à l'arrière. Il emporte au moins trois grands sacs de goodies, des échantillons apéritifs et des bobs. Irina multiplie les séquences vidéo sur les réseaux sociaux. Nous allons passer quelque cinq heures ensemble, dans une joyeuse épopée. Ma consœur est extravertie, douée pour l'animation. Invités que nous sommes, nous ne sommes pas autorisés à distribuer des cadeaux au public, dont nous ne ratons aucune miette. Irina passe de la crème solaire et m'en propose. Je décline l'offre et c'est une faute, car le voyage en plein air me vaudra des coups de soleil. Heureusement je porte la casquette. Malheureusement je la perdrai en montagne.
10H45. La sono crache sa musique. Le convoi s'ébranle. Les véhicules - légumes ouvrent la colonne E.Leclerc. Notre chou-fleur est en 4e position. A l'avant, le conducteur et l'animateur, Antoine, un trentenaire très agréable qui va devoir réchauffer le nombreux public. Dommage qu'il confonde Ballon d'Alsace et Grand Ballon mais nous ne lui en tiendrons pas rigueur. C'est pire quand il annonce les noms de nos communes alsaciennes. Mais il n'est pas tenu à la précision journalistique. Je m'attendais à rouler plus vite. Cette allure est plaisante. Néanmoins, dans cette foule innombrable que nous allons fendre, je ne reconnais que Gérard à Mulhouse, quand parfois des voix m'appellent.
Plus la route s'élève, plus dense est la marée humaine. Dans les descentes, un ou une gendarme esseulé(e). Une pensée pour les personnels volontaires ou réquisitionnés en plein soleil malgré leurs 3 litres d'eau.
Les cinq heures défilent et bientôt il faut quitter cette ambiance incroyable, cette France heureuse et festive qui en fait des tonnes pour tenter d'attraper un gadget ou une confiserie. A Saint-Amarin le spectacle est terminé pour moi.
Terminus pour une partie de la caravane de toute façon. Pas le temps de dire au revoir à Antoine, mais c'est toujours comme ça. Irina va poursuivre jusqu'au sommet. Je me mets en route pour le retour, alors qu'un orage se manifeste.
Participer à la caravane, c'est grisant. Mais pour rentrer, c'est la galère. Il faut se débrouiller. La gare est tout proche. J'avais oublié que le Tour prime la ligne secondaire, neutralisée le temps de la course. De fait, mon train pour Mulhouse est annoncé à 19H38.Trois heures et demie d'attente…Impensable.
Alors je vais marcher jusqu'à Thann, ce sera déjà ça de pris. Dix bornes, deux heures selon mon appli. J'ai la tête couverte d'un bob à pois rouges et suffisamment d'eau. C'est une drôle d'impression d'aller à contresens de la course et de croiser des spectateurs qu'on aurait pu saluer tout à l'heure depuis son véhicule publicitaire. A Moosch, l'inévitable Raymond est figé devant sa maison parée du logo Thurtàl, sa radio en ligne. Il me propose l'hospitalité en garçon charitable qu'il a toujours été. Mais se poser c'est repartir d'un pied moins vaillant. Plus loin, une jeune femme blonde m'aborde. C'est Ludivine, ex-salariée du Parc de Wesserling, que je n'avais pas vue, la tête à l'effort. Malgré les nuages, il fait chaud. A Willer-sur-Thur, l'échappée du Tour vient à moi.
Quelques secondes. Je verrai aussi le groupe maillot jaune. Au Markstein, c'est Pogacar qui triomphera en solitaire. A Bitschwiller, la pluie arrive, rafraichissante. Enfin Thann, du moins la gare de St-Jacques, où s'agglutinent des cyclistes et spectateurs du Tour sur le retour aussi. Il m'est impossible de prendre un billet. Les touristes allemands devant moi n'y sont pas parvenus non plus. Bientôt le tram-train s'ébranlera vers la plaine. Je serai à Mulhouse vers 19H15. Mais il me faudra regagner ma voiture, garée à Didenheim. Le temps de chercher ma trottinette dans le centre-ville et de sauter dans le tram.
J'aurai mis quatre heures pour quarante kilomètres. Une broutille quand je pense aux naufragés des bouchons engendrés par la fin de la 14e étape. Mais retenons l'intensité de cette journée sans pareil. E.Leclerc nous a fait une (chou-) fleur en nous invitant. Nous aurons été 42 théoriquement cette année à emprunter le char-légume blanc.
















































