21 février 2026

MAMOUR FOU


#hotelmamour6






Cette année, la Ville de Mulhouse nous a préparé un programme "Au fil de l'amour" pour la St-Valentin, tandis que la capitale régionale roucoulait dans "Strasbourg mon amour". Cœur battant de l'événement mulhousien, "Hôtel Mamour", qualifié de "bordel théâtral chic" par son propriétaire, la compagnie Kalisto. "Hôtel" éphémère (3 soirées) , itinérant (cour des Maréchaux cette année) mais toujours "tenu" par Madame Claudia qui accueille ses clients sur ses déboires financiers  dans le monde du bitcoin… 

Fidèle de "Mamour", je retrouve ce soir d'ouverture mon confrère Mike, autre habitué de ce cirque de l'amour. "Magic Mike" n'en rate aucune miette. Nous avons choisi un pseudonyme pour avancer. Le mien se résume à une lettre, "Y", qu'on prononcera ainsi ou à l'anglaise, why je ne sais pas. L'aventure commence à l'accueil, une réception vintage avec son téléphone à cadran que tient Ilia Delaigle, le directeur de Kalisto. En quelques jours, la friche commerciale Burton a été métamorphosée en hall avec bar, scène musicale, espace d'expression artistique, créateurs locaux. Pas le temps de raconter sa vie sentimentale, il faut ressortir et suivre le cheminement lumineux rouge qui conduit à un vrai hôtel, La Maison Hôtel, qui nous fait monter au 3e. Les connaisseurs ont acquis le pass maximal, sésame vers le huis clos de la chambre. En moins d'une heure, le premier groupe de visiteurs dont Mike et moi aura visité individuellement 10 occupants.
Mme Corinne toujours  dans son bustier léger distribue les rencontres au gré des disponibilités. Généralement, il faut toquer et attendre qu'on nous permette d'entrer. 




10 chambres, autant de comédiens campant des individus plus ou moins déjantés, loufoques, improbables avec lesquels il faut ou non partager une histoire rondement ficelée de 4 minutes. Je me laisse porter par les scénarii  que je ne connais pas, sachant que le maître du jeu aura toujours la main. Je démarre dans la chambre de Luna, une jeune femme qui se prend pour un chat, miaule, bondit, racle sa litière. A posteriori, je me dis que j'aurais dû jouer au puma avec elle, au lieu de l'écouter. Chaque scène est singulière. Une autre fille plus rock'n'roll prépare une soirée "chemsex" mais son ex va rappliquer. Il faut déguerpir. Dans une autre chambre, une amoureuse volcanique m'entrave sur le lit en me confondant avec son homme volage. Les confrontations avec les hommes sont pour moi plus difficiles à appréhender, comme les comédiens sont censés nous "aimer". Il est aussi inhabituel d'entrer dans l'intimité d'un garçon en position toilettes. Et puis il y a Zac, collecteur de semence virile pour "sauver l'humanité" mais dont la valise s'ouvre sur des culottes… Dans cette galerie de personnages  ubuesque, il est enfin la Dr Marie-Eve. D'une beauté à faire tomber les rideaux, habillée comme une pin-up, le chemisier entrouvert sur ce que je ne saurais voir. Le diagnostic est sans appel: je suis comme tous les hommes infidèle !  Pour me convaincre du traitement, cette médecin qui n'a froid nulle part semble-t-il me braque avec une arme de poing que je détourne aussitôt, par réflexe vital sûrement. Je verrai désormais ma praticienne traitante avec un autre regard…

Après ces tête-à-tête qui finissent sur une sortie expéditive, nous pouvons encore participer à des ateliers collectifs animés par des "experts" dans leur domaine, comme Ruby Fracas qui nous initie au "catch love"  ou comment faire de sa couche conjugale un ring… Mireille Couderc, une scientifique strip-teaseuse, s'interrogera sur les orientations sexuelles des candidats aux municipales avec ses élèves. Mais mon meilleur souvenir sera l'initiation au slow par le "cultissime Otis Polaroïd" sur le long, très long morceau "Purple rain" que nous fredonnerons "pluie violette". A "Mamour", les corps se rapprochent parfois, mais toujours dans le respect. On croise des connaissances, on fait connaissance. J'ai eu le plaisir d'échanger avec Thelma et Louise ( sans armes) , de papoter avec le gardien du bar clandestin et de faire deux pas avec Kitty, l'étudiante taïwanaise qui m'a rappelé notre fille Jihan. A l' "Hôtel Mamour", on théâtralise l'amour , mais on est heureux de retrouver le sien. 





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